Ecritures



"Quand je regarde à l'horizon, tout droit vers le soleil
J'aperçois tous ces millions de visages qui s'émerveillent
De la beauté de ce monde que l'on ne protège pas
Cette fragilité féconde qui fait que nous sommes là
J'en appelle à la lumière, aux forêts, aux océans
Pour nous ramener sur terre une respiration, un élan
Ouvrir les yeux sur le même ciel et marcher la tête en avant
Et traverser la tempête sans oublier qu'on est vivant."
Pascale Delagnes- Réveillons-nous


CARNETS DE BORDS (2006) - long métrage mettant en dialogue deux auteurs, et l'océan.
Une escapade vers les falaises de Gris-Nez, pour offrir quelques fragments d'écriture à l'océan, et saluer la beauté de son grand large.



  
Quelques textes ...    

Rendez-vous aujourd'hui Rendez-nous le silence Rendez-nous la beauté Rendez-nous ce qui vibre, sans électricité Rendez-nous nos espaces Rendez-nous nos horizons et nos joies Rendez-nous le repos d'un corps heureux Rendez-vous aujourd'hui Rendez-nous le silence Rendez-nous la beauté Rendez-nous le soupir des arbres, des cathédrales, de l'impromptu Rendez-nous le vacarme des oiseaux et des forêts, le vrombissement de l'eau, et le mystère de l'aube Rendez-nous le parfum de nos corps et le corps de nos rêves Rendez-nous nos rêves, nos espaces intimes, nos villes imaginaires et nos cités premières Rendez-nous la poésie du ciel, des astres et du soleil L'odeur de la terre et la mémoire du sel, le rire des océans Rendez-nous notre sueur, nos oreilles et nos pieds Le frisson de l'air dans les herbes sauvages et les caprices du vent Le clignement de l’œil, l'aile d'un papillon, la tendresse de ta peau, le velours de ton pas Rendez-nous la présence d'un regard, la franchise d'une main La danse nocturne de la lumière d'un phare Le vol de la Dame blanche, et la dame du lac Qui guide dans le noir Rendez-vous aujourd'hui Rendez-nous le silence Rendez-nous la beauté De la fragilité, du doux et de l'intime De ce que l'on écoute, l'on savoure et contemple Et non de ce que l'on consomme sans plus vraiment goûter Rendez-nous le repos Rendez-nous le silence pour nos yeux, nos oreilles Rendez-nous amoureux de ce qui craque au le soleil Rendez-nous le silence, que l'on puisse voir clair Rendez-vous aujourd'hui    

Il est terrible, ce rire  Hommage à Jacques Prévert Il est terrible ce rire, le rire de cette femme Ses mains grignotent la manche de son manteau givré, qui a froid, qui a faim Son regard se perd dans le Finistère Mystère Il est terrible le rire de cette femme qui court nue dans la rue On dirait qu'elle danse avec un inconnu Qu'elle s'envole avec une nuée de grues Couronnée de grâce, la grâce d'un esprit qui échappe à la pesanteur d'un corps Qui a le mal du monde Et elle rit, elle rit à chaudes larmes Perdues entre ses mains qui la protègent encore un peu Il est terrible le rire de cette femme qui court nue dans la rue Elle est belle comme un soleil, traversée par la lumière, le regard étincelant Passagère du vent fou On dirait qu'elle danse Il est terrible ce rire, le rire de ce monde Ce monde qui grignote la manche de son manteau givré, qui a froid, qui a faim Son regard se perd dans le Finistère Mystère On dirait qu'il danse avec un inconnu Il s'envole avec une nuée de grues Couronné de grâce, la grâce de ses vies indomptées, de ses volcans, de ses océans Et il rit à chaudes larmes Entre ses montagnes qui le protègent encore un peu  Il est terrible le rire de ce monde Il est beau comme un soleil, traversé par le temps, par les vents Seul On dirait qu'il danse  Il est terrible ce rire, le rire de cette femme, de cet homme, de cet enfant, de cet arbre Le rire de cette respiration, de ce silence, de cet éclat de vie Cet éclat de vie qui grignote la manche de son manteau givré, qui a froid, qui a faim Son regard se perd dans le Finistère Mystère Il est terrible le rire de ces éclats de vie qui courent nus dans la rue On dirait qu'ils dansent avec des inconnus Ils s'envolent avec un brouhaha de fumées et de sons Couronnés par la grâce d'un esprit qui échappe à la pesanteur d'un corps qui a le mal du monde Et ils rient à chaudes larmes Perdus entre leur murs de béton qui les étouffent encore un peu Il est terrible ce rire Il est beau comme un soleil, traversé par la lumière, le regard étincelant Passager des vents fous On dirait qu'il danse    

L'écorce de la lune
Souvenir d' Isluga, Chili
L'écorce de la lune me fait penser à cette écorce de toi
Cette écorce de ton corps qui me respire
Sur le fil de nos voix
Sous la lune
Sans dormir
Les yeux dans le ciel
Hantés
Nos cœurs cousus ensembles quelque part
A la dérive dans cet espace immense
Libre Notre amour
L'écorce de la lune me fait penser à cette écorce de toi
Ta bouche qui raconte des histoires
Le vent et Neruda
Tes mains balbutient
A mon corps balbutiant
Nus
En corps inconnus
Un chant d'évasion, une passion
La petite flamme qui fait fondre la cire
La petite maison en adobe qui fait fondre le temps
Et la cape del Diablo flottant dans la nuit orageuse
La meute des nuages hurlant sur les volcans
Et un seul mot, je me souviens...
L'écorce de la lune me fait penser à cette écorce de toi
Cette écorce qui respire sous le velours
Sous le murmure tranquille de la voûte de ce ciel que nous mangeons maintenant
L'écorce de la lune me fait penser à cette écorce de toi
Cette écorce- enveloppe Nos corps dans les vents fous
Désirent Une île sur le grand lac
Isluga
L'écorce de la lune me fait penser à cette écorce d'Isluga
Cette écorce que je respire encore
Chaque fois que le soleil me quitte
Chaque fois que le vent me réveille
Chaque fois que les parfums du Chili viennent me retrouver dans mon sommeil
L'écorce de la lune me fait penser à cette écorce de toi
Et alors chaque fois
Chaque fois
Je te bois
Et je te chante

Enfance-  Je marche dans la nuit nue Je ne sais pas où mes pas seront entendus J'écoute sans faire de bruit les rêves qui chuchotent dans le fond du puits Je ne sais pas je ne sais plus Peut- être il y a longtemps je suis venue Je me souviens la terre chaude, l'air humide ça sent bon Mon cœur bat , mon cœur rôde J'aperçois un feu des ombres, des petits poissons dans ta main et tu tombes Tu ris comme du velours Ta peau a la couleur de l'amour Blottie Dans le creux de tes chairs, tu m' racontes les histoires de la mer Mais qui es -tu je ne sais plus Je crois bien que je suis perdue Je cherche les lions depuis que je suis descendue de l'avion Je cherche les lions depuis que je suis descendue de l'avion Je cherche un pays adossé au soleil Tout petit tout sensible qui se dépose tout doucement au réveil "S'il te plait, dessine- moi un lion" Ou bien ramène moi dans l'avion Je marche dans la nuit nue Je ne sais pas où mes pas seront entendus J'écoute sans faire de bruit Les rêves qui chuchotent dans le font de mes nuits      

Eau-  Fusion originelle. Première caresse du ventre maternel. Je me souviens. Chaud. Doux. Comme un océan qui baigne dans le soleil. On m’a dit « 99% d’eau tu étais avant le grand chaos ». 70% de vie injectée dans nos chairs 70% de vie injectée dans nos terres Lumière Eau Condensation des sources Rumba frénétique au centre de la matière Cellules Pullulent Ondulent Copulent Crédules… Corpuscules de vie Eau- Océans, mers, fleuves, rivières, sources, glaciers, geysers Tes nappes phréatiques pleurent dessous la terre Tu nages dans mes artères En colère  Ils avaient pourtant dit : On ne vend pas les rivières Eau Sublime nation Particules en voie de disparition Désertification Contamination Exploitation Exportation Expropriation Appropriation Rébellion Désacralisation… Choc « climax-tique » entre les nations des rivières et celles de la guerre Soumission à l’ordre des religions monétaires Choc « géo- éthique » au profit de la misère de 70% de chair Tes nappes phréatiques pleurent dessous la terre Tu nages dans mes artères En colère Ils avaient pourtant dit : On ne vend pas les rivières  Eau, fondation de l’être humain » ou« droit humain fondamental ». Sans toi, mort. Je me délecte lorsque je te bois Je me suspecte lorsque je te vois De ne pas assez… te « re-garder » Eau A l’intérieur de toi A l’intérieur de moi On t’use, on t’abuse. On t’hormone, t’"antibiote", t’acidifie, on te pollue. Te prospecte, te «sélecte », te désinfecte, t’étiquette, t’exploite, te gaspille, te re-minéralise, t’embouteille, te vend. On te "customize". Pute de luxe ou Belle des champs. Hommes, femmes, enfants, ancêtres, pas un ne résiste aux messages « publicitaires » « buvez- Nes… ». Derrière chaque bouteille « pute de luxe » ou « belle des champs » soupire, dans le nord, un porcin en régime amaigrissant, tandis que dans le sud crève une mère qui n’a plus de lait pour nourrir son enfant. Elle a soif. La bouteille sur la télé, volée dans une source à quelques km de chez elle, est trop chère. Tes nappes phréatiques pleurent dessous la terre. On a souillé tes ovaires. Tu nages dans mes artères En colère Ils avaient pourtant dit : On ne vend pas les rivières Eau On m’a dit Que tu portes la sagesse de l’humanité. Qu’en toi se dessinent les paysages que tu baignes et l’empreinte des saisons que tu orchestres. On m’a dit que tu portes le miroitement de nos rêves dans le crépuscule des glaciers, la fougue de nos vies dans le ventre des chutes et ce qu’il nous reste de paix dans le sommeil des lacs à la nuit tombée. On m’a dit Que les rivières sont nos sœurs, qu’elles étanchent notre soif et nourrissent nos enfants Qu’il faut faire une prière lorsque l’on pénètre dans le corps d’une rivière, Qu’il est bon de la saluer, juste un instant, la regarder, l’écouter, la respirer, que son murmure est la voix du père de nos pères, qu’il est bon de laisser s’éveiller notre conscience cellulaire avant de plonger. On m’a dit, en rêve, que nous étions rivière… On m’a dit aussi que tu as été réduite en esclavage, que parfois même tu étais déviée, exilée, acculée à l’abandon de tes terres, asséchées, à l’agonie. On m’a dit que partout l’on t’a transformée en meurtrière, que toutes les huit secondes, un enfant meurt après t’avoir bue contaminée. On m’a dit que tu as mal. On m’a dit que tu as soif. On m’a dit trop de choses… Eau Cristaux splendides jalousés par les souffleurs de verre Joyaux sculptés dans le ventre des pierres On m’a dit que vous rayonniez comme mille soleils sur la symphonie pastorale de Beethoven Que vous dansiez sur les Beatles et frémissiez sur Mozart Eau- Tu ris quand je ris, tu pleures quand je pleure, tu jouis quand je jouis, je meurs si tu meurs. Ils avaient pourtant dit : On ne vend pas les rivières   

 
Adieu forêts 
Perdus dans une mer de jade
D’immenses mâchoires de corail se soulèvent et crachent
On les a touchées en plein corps
L’écume se rallie à leur cause
Les goélands s’interposent
Il est trop tard
Ça sent l’iode et le sang.
La secousse a commencé, la grande forêt des mers gémit, en appelle au vent qui dans sa mission animalière emporte goélands et poissons militants vers des forêts encore vierges qui frémissent pourtant à chaque incursion de l’homme blanc. Ici aussi ça sent le sang.
L’âme des papayers gazouille dans le soleil levant, avec les perroquets flamboyants.
Les singes hurlent à l’abri, encore un moment, avec les poissons et les goélands.
Les arbres et leurs racines poussent démesurément, s’accrochent à la terre, à la pierre, désespérément, pour échapper aux dents des grandes machines truandes qui avancent en menaçant.
Perdus dans une mer de jade
D’immenses mâchoires de corail se soulèvent et crachent
On les a touchées en plein cœur
L’écume se rallie à leur cause
Les goélands s’interposent
Il est trop tard
La secousse a commencé.